La déchéance de l’action politique

parliament-317085_640Résumons. Notre pays a connu cette année deux attentats consécutifs, dont le second a envoyé aux oubliettes de l’histoire l’attentat jusqu’alors le plus meurtrier de France (24 morts, attribué à l’OAS, le 18 juin 1961). 

Dans une démocratie saine, la question que tout le monde se serait posé aurait été la question naturelle, à savoir : « comment peut-on faire pour éviter que de tels évènements ne se reproduisent ». Avec, question subsidiaire, « avons-nous mis en oeuvre l’ensemble des moyens en notre possession pour éviter que de tels drames ne surviennent ».

Ce sont bien évidemment les questions que nous nous posons aujourd’hui.

Ah tiens, non, en fait on me murmure dans l’oreillette que ce n’est pas ça du tout.

Les questions que nous nous posons sont donc sur le sujet en ce moment, sont donc dans l’ordre :

1/ Faut-il déchoir de leur nationalité les terroristes binationaux

2/ Faut-il déchoir de leur nationalité l’ensemble des terroristes et créer des apatrides

Et oui, en fait, ça ne va pas bien plus loin. Mais rassurez-vous, nos dirigeants ne s’en posent guère beaucoup plus.

Pour voir à quel point ces questions sont « cruciales », posons les faits objectivement en étudiant les auteurs d’attentats réussis ou déjoués en France ces dernières années.

Sur l’ensemble des quinze terroristes, dix étaient français, et seulement deux étaient bi-nationaux. Quatre sont encore vivants, dix ont été tués dans la droite lignée de leurs attaques. Un s’est suicidé en prison. Aucun des binationaux n’a survécu.

Il ne s’agit bien évidemment pas de faire de fines statistiques sur un échantillon aussi faible, simplement de montrer ce que révèle l’évidence, à savoir que ces deux questions sont essentiellement cosmétiques.

Dès lors, à supposer même que la constitution soit révisée pour permettre une telle déchéance, il ne s’agirait alors que d’un énième gadget simplement destiné à nous donner bonne conscience alors même que nous n’avons engagé aucune réflexion de fond, tel un troupeau de moutons galopant dans la même direction que le premier à avoir couru.

Cela sans même rentrer dans le dépli des interrogations posées par une telle mesure, lesquelles seraient : est-il opportun de déchoir un type ayant la double nationalité et de l’expulser vers un pays tiers, où il risque de nous échapper, plutôt que de le garder sous la main ? Est-il souhaitable que des pays souverains se refilent leurs terroristes respectifs comme autant de patates chaudes ? (Un indice : Trévidic nous dit non).

Bien sûr, la guerre contre le terrorisme nécessite des actions secrètes, et l’ensemble de l’action de la république ne saurait à cet égard être menée avec transparence sans perdre la quasi-totalité de son efficacité (n’en déplaise aux médias qui diffusent sans se poser de questions un nombre impressionnant d’informations sur la progression des enquêtes en cours – dites, les gens, vous n’avez jamais envisagé que d’aventure des djihadistes pourraient avoir l’idée de vous lire ?).

Il n’en reste pas moins que certains débats peuvent – et devraient – être menés. Par exemple : Faut-il mettre en place un « islam de France », estampillé comme compatible avec les valeurs de la république, comme le proposent certains imams, ce qui risquerait de rompre en partie avec notre conception traditionnelle sur la laïcité. ? Que faire des détenus radicalisés en prison et qui convertissent leurs copains de cellule ? Le salafisme est-il en lui-même tolérable dans notre république ? Doit-on poursuivre notre intervention en Syrie, et si oui, selon quelles modalités ? Faut-il se décider à choisir le moindre des deux maux en déroulant le tapis rouge à Bachar El-Assad, censé être le seul dirigeant en mesure de faire face à Daech ?

Non, ce n’est pas les débats de fond qui manquent.

Simplement notre volonté, et notre courage, de les mener.

Car oui, à un moment, il va falloir que nous arrêtions de toujours nous plaindre et de rejeter la faute sur les autres.

Nous avons les dirigeants politiques que nous méritons. Bien conscients de la futilité de l’exercice, ils débattent pourtant de la déchéance de la nationalité comme si la vie de la Vème en dépendait. Cela vaut pour tous les partis, y compris le FN, tout fier d’être à la pointe sur cette proposition imbécile.

Mais il faut bien garder à l’esprit qu’ils ne font que répondre à un besoin, et à une attente. Ils donnent à la foule complaisante que nous sommes un prêt-à-penser simple et futile.

Et si ça marche, c’est parce que nous préférons nous en contenter.

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